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| | Roland Jaccard (1941-) |
| | Né le 22 septembre 1941 à Lausanne, Roland Jaccard vit et travaille à Paris depuis de nombreuses années. | | Essayiste, il se fait connaître en 1975 par "L'exil intérieur", essai qui a marqué des générations de lecteurs. Romancier, il écrit "Sugar Babies", "Flirt en hiver", "Une fille pour l'été". On lui doit également une trilogie autobiographique "L'âme est un vaste pays", "Des femmes disparaissent", "L'ombre d'une frange" et des recueils de textes critiques "Le cimetière de la morale". Auteur de monographies dont une consacrée à l'actrice Louise Brooks, il publie un "Manifeste pour une mort douce" en compagnie du directeur du Musée de l'art brut à Lausanne, Michel Thévoz. | | Roland Jaccard est aussi un spécialiste de psychanalyse : journaliste spécialisé responsable de la rubrique « psychanalyse » au journal "Le Monde", on lui doit plusieurs essais sur S. Freud ainsi qu'une "Histoire de la psychanalyse". Il est également directeur de la collection "Perspectives critiques" aux Presses universitaires de France. | | Les lignes de sa philosophie tiennent très souvent aux titres de ses livres : cynisme, nihilisme, séductions, rire et pessimisme. Cet ami de E. Cioran, à l'écriture ciselée et précise, conçoit toute vie comme un fardeau auquel seul le suicide serait digne de mettre un terme. | | SOURCES: "Dictionnaire des écrivains suisses d'expression française" / Alain Nicollier, Henri-Charles Dahlem, vol. 1, p. 476-479 ; "Histoire de la littérature en Suisse romande" / Roger Francillon, vol. 4, p. 234, 249-251, 444 ; "L'Hebdo" 2005/05/12 rêves d'enfant, p. 82 [BCU/Doc. vaudoise/jh/2005/07/09 |
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DES MOINS CRUELLES .... :
- Et qu'est-ce qu'un ami, sinon quelqu'un qui respecte vos nerfs ?
(La tentation nihiliste, p.20, Quadrige/PUF,n°126) - C'est le confort qui permet au désespoir cosmique de s'épanouir. Le ventre vide, on ne désespère jamais de l'univers.
(La tentation nihiliste, p.24, Quadrige/PUF,n°126) - [...] ce proverbe britannique : " Il y a deux sortes de mariages. Celui où la fille s'aperçoit qu'elle s'est trompée d'homme en allant à l'autel ; celui où elle s'en aperçoit en en revenant. "
(La tentation nihiliste, p.14, Quadrige/PUF,n°126)
- Mais vient le temps où l'on apprend qu'il n'est de pire ennemi pour soi que soi-même et qu'il faut un courage d'une toute autre nature pour affronter ses propres idées. Penser, c'est toujours penser contre soi.
(La tentation nihiliste, p.31, Quadrige/PUF,n°126) - Comme l'affirment, non sans panache, les plus cyniques parmi les psychanalystes, l'amour consiste à donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Ces prémisses acceptées, ne reste plus aux hommes qu'à se payer le corps des femmes - et aux femmes à se payer la tête des hommes, en ayant toujours à l'esprit qu' " un suicide réussi vaut mieux qu'un coït raté " (Roland Topor).
(La tentation nihiliste, p.16, Quadrige/PUF,n°126)
- N'en déplaise aux adeptes de l'exaltation amoureuse et de la " plénitude de vie ", ce sont rarement la grâce, le charme, la virginité ou quelque attribut physique et moral qui provoquent le désir. Les vertus suscitent parfois l'amour, souvent l'ennui, jamais la convoitise.
(La tentation nihiliste, p.19, Quadrige/PUF,n°126) - Le drame de l'homme se joue moins dans la certitude de son néant que dans son entêtement à ne point s'y résigner.
(La tentation nihiliste, p.40, Quadrige/PUF,n°126)
- On l'a souvent relevé, mais le fait demeure troublant : aucune civilisation, aucune autre culture - historique ou exotique - n'a jamais disposé d'autant d'instruments d'identification et, par conséquent, d'homogénéisation de la société. Or, aucune n'a connu pareille crise d'identité.
(La tentation nihiliste, p.45, Quadrige/PUF,n°126)
- La maladie est le dernier refuge de la créativité.
(La tentation nihiliste, p.45, Quadrige/PUF,n°126)
- [...] renoncer aux apparences et vaincre son nom sont la seule victoire à laquelle nous puissions prétendre.
(La tentation nihiliste, p.48, Quadrige/PUF,n°126)
- [...] et si nous devions revivre tout ce que nous avons fait du point de vue de ceux à qui nous l'avons fait ?
(La tentation nihiliste, p.57, Quadrige/PUF,n°126)
- À ceux qui, inquiets, frustrés, oppressés, éructent contre le destin, les dieux, les démons, les princes, le triomphe de la masse et de la technique, je préfère ceux qui chuchotent, en passant, cette simple phrase : " Je ne sais plus où j'en suis. "
(La tentation nihiliste, p.67, Quadrige/PUF,n°126)
- Les mots sont là pour cacher la vérité : malheur à celui qui ne le sent pas et qui se laisse hypnotiser par les jeux du langage.
(Une fille pour l'été, p.13, Éd. Zulma, 2000)
- Quoique que vous fassiez, vous le regretterez [...]. Mais si vous ne le faites pas, vous le regretterez plus encore...
(Une fille pour l'été, p.17, Éd. Zulma, 2000)
- Les mêmes événements se reproduisent sans cesse aux mêmes endroits, sous une forme légèrement différente - ne serait-ce que pour nous donner l'illusion du changement - mais, fondamentalement, nous reproduisons de l'identique avec un acharnement sans faille. Au regard froid de l'historien qui décompose l'événement, il faut substituer celui de l'artiste ou du philosophe qui en reconstituent l'unité profonde.
(Une fille pour l'été, p.24, Éd. Zulma, 2000)
- [...] la gloire n'est que le deuil du bonheur et je n'ai jamais aspiré à hypnotiser mes contemporains en les prenant au piège de mes fantasmes esthétiques, politiques ou religieux.
(Une fille pour l'été, p.25, Éd. Zulma, 2000)
- Se prêter aux autres, oui. Mais ne se donner qu'à soi.
(Une fille pour l'été, p.31, Éd. Zulma, 2000)
- [...] la solitude n'est possible que très jeune quand on a devant soi tous ses rêves ou très vieux avec derrière soi tous ses souvenirs.
(Une fille pour l'été, p.59, Éd. Zulma, 2000)
- Le principal ressort du pouvoir, qu'il soit religieux ou politique : sécréter la culpabilité dont il prétend nous libérer.
(Dictionnaire du parfait cynique, p.116, Livre de Poche/biblio n°4138)
La vertu de savoir se mettre au défi, tout le temps (et ainsi être comblé par le succès) :
[...] la seule raison que nous avons de nous engager dans quelque chose, c'est la certitude que cela ratera. Sans cette certitude, nous n'entreprendrions jamais rien.
(Une fille pour l'été, p.63, Éd. Zulma, 2000)
AUX PLUS CRUELLES... :
Le suicide, après tout, n'est jamais qu'une révolution ratée : on se tue à défaut de pouvoir tuer les autres.
(Une fille pour l'été (Dernières nouvelles de Topor), p.107, Éd. Zulma, 2000)
On n'écrit vraiment que sur la planche de son cercueil. L'ennui, avec la plupart des auteurs, c'est que, faute de cercueil, ils utilisent une planche à repasser : leur livres sont de vénérables teintureries qui ne servent qu'à défriper le linge sale des lecteurs et leur donner l'illusion de porter des vêtements neufs.
(La tentation nihiliste, p.64, Quadrige/PUF,n°126)
Vouloir des enfants, c'est vouloir se venger de son passé. C'est pour la femme faire don à sa propre mère de sa haine et pour l'homme rivaliser avec son père ou avec Dieu dans le fantasme imbécile d'une postérité. Et c'est pour chaque couple un remède au désespoir. Quand la vie a trompé nos attentes, quand on a renoncé à se créer soi-même, quand on pressent que tout est foutu, alors plutôt que de se rendre à la morgue, on convie sa famille et ses proches dans un lieu plus sinistre encore, parce que plus kitsch : la maternité.
(La tentation nihiliste, p.23, Quadrige/PUF,n°126)
Il en est des différentes formes de psychothérapie comme des religions ou des partis politiques : moins on en attend, mieux on se porte.
(Dictionnaire du parfait cynique, p.121, Livre de Poche/biblio n°4138)
Qu'est-ce qu'une thérapie, en définitive, sinon l'apprentissage de la discrétion et de l'hypocrisie ? On y troque ses angoisses contre des sarcasmes, on ne se rebelle plus contre l'injustifiable ; on signe un compromis avec la réalité.
(La tentation nihiliste, p.40, Quadrige/PUF,n°126)
Exigeons de pouvoir mourir en beauté. Et n'oublions jamais qu'il y a dans le suicide moins de folie qu'on voudrait le croire et plus de clairvoyance qu'on oserait l'imaginer.
(La tentation nihiliste, p.25, Quadrige/PUF,n°126)
Nous nous flattons d'aimer l'homme, mais nous haïssons notre voisin. Et rien ne nous réconforte autant que les malheurs d'autrui.
(La tentation nihiliste, p.33, Quadrige/PUF,n°126)
On refuse au nihiliste le titre de philosophe, on lui reproche d'usurper sa place et de singer la pensée sans la pensée même : le philosophe doit être le phare de l'humanité, et l'on ne conçoit pas que ce phare puisse éclairer un charnier ou, pis, une mer d'insignifiance.
(La tentation nihiliste, p.143, Quadrige/PUF,n°126)
Mourir est encore la plus sûre manière de se simplifier l'existence.
(Une fille pour l'été, p.86, Éd. Zulma, 2000)
[...] vieillir, c'est devenir le comédien de ses premières sincérités.
(Une fille pour l'été, p.41, Éd. Zulma, 2000)